Réflexions

[Femini-books] Des héroïnes

Femini-books c’est un projet lancé par Opalyne visant à mettre en avant le féminisme dans la littérature d’hier ou d’aujourd’hui. Pour plus de détails, rendez-vous sur la page facebook et/ou le twitter de Femini-books.
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Quand j’ai découvert le féminisme, j’ai pris conscience d’un certain nombre de choses (assez désagréables). Je me suis notamment rendue compte que les oeuvres manquent cruellement d’héroïnes, de personnages féminins forts / intéressants, ayant des rôles importants dans l’histoire.

J’ai donc décidé de vous parler aujourd’hui des héroïnes de roman qui m’ont marquée et appris des choses. C’est une liste très subjective et loin d’être exhaustive. N’hésitez pas à la compléter en commentaire. (Ca me donnera des idées de lecture !)

Attention : je ne garantis pas que l’ensemble des oeuvres citées soient 100% féministes et sans défaut ; mais elles ont au moins le mérite de présenter des héroïnes (et, pour plus de la moitié d’entre elles, d’être écrites par des autrices).

Ma première héroïne : Sophie

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Quand j’étais petite, j’empruntais le livre audio à la bibliothèque, je l’écoutais en boucle et quand le délai était terminé, je le rapportais pour le réemprunter aussitôt. (Avec beaucoup de retard, pardon à mes camarades qui ne pouvaient pas l’emprunter.) Je connaissais par coeur « Les malheurs de Sophie », de la Comtesse de Ségur.

Aujourd’hui, si j’ai du mal à me souvenir des morales de chaque histoire (probablement « c’est mal ce que Sophie a fait »), j’ai encore en tête plusieurs bêtises de Sophie de Réan. La poupée, les poissons, les fruits confits, le bout de pain au cheval, la crème, les sourcils… Si la Comtesse de Ségur avait voulu illustrer les sept péchés capitaux (sauf la luxure), elle ne s’y serait pas prise autrement !

Pour moi, c’était surtout l’histoire d’une petite fille qui n’était ni sage ni gentille, qui était dans l’action et ne se laissait pas faire, qui se comportait comme bon lui semblait même si on lui avait dit non.

Je ne dirais peut-être pas la même chose si je devais relire « Les malheurs de Sophie » aujourd’hui. N’empêche que, alors que j’étais entourée d’albums où les filles attendent et de livres où les garçons sont les héros, Sophie faisait figure d’exception : oui les filles aussi font des bêtises et des trucs bêtes, et elles se font gronder, et elles recommencent et elles peuvent tenir tête aux adultes et à leur cousin.

Les messages de la Comtesse de Ségur sont discutables (d’autant plus que Sophie est censée devenir « meilleure » à l’instar de son cousin et des petites filles modèles). Il y a de meilleurs livres à faire lire aux enfants aujourd’hui. Mais pour l’enfant que j’étais, Sophie était la meilleure héroïne.

Mes héroïnes ingénieuses : Hermione et Violette

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Le personnage principal de la saga « Harry Potter », de J. K. Rowling, est certes Harry Potter. Mais nous savons tous.tes que sans Hermione Granger, Harry ne serait arrivé à rien. Hermione est intelligente, travailleuse, elle est pleine de bon sens et de logique. Si elle est présentée au départ de manière assez négative, elle devient rapidement indispensable et révèle d’autres traits de caractères qui font qu’elle n’est pas qu’une personne qui lit et sait tout (même s’il n’y aurait pas de mal à ça et que c’est déjà beaucoup !). Elle est aussi loyale et courageuse. Elle comprend vite et elle trouve des solutions. Elle est solidaire et soutient les causes qui lui tiennent à coeur. Au fil des livres, même si l’autrice ne se focalise pas dessus et que c’est une interprétation toute personnelle (au vu du bal avec Krum et de sa relation avec Ron), Hermione découvre sa féminité (elle prend conscience de son apparence et y fait attention, elle est perçue comme une femme par tout le monde sauf Ron – ah ah -). C’est un élément important, selon moi, puisque Hermione s’affirme en tant que femme sans que ça remette en cause l’ensemble de ses qualités et caractéristiques. Vous me direz que c’est normal, je vous répondrai que c’est assez rare pour être noté.  Hermione n’est pas juste un personnage féminin là pour faire joli, pour mettre en valeur les hommes, pour être tuée et inspirer une vengeance, etc. Hermione est un personnage à part entière, qui se trouve être une femme et qui se trouve être géniale.

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« Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire », de Lemony Snicket met en scène trois frère et soeurs, orphelins, qui vont faire face à une multitude de mésaventures. Violette est l’aînée, elle est courageuse et elle est très douée pour inventer des engins avec ce qu’elle a sous la main. Cette capacité d’inventer et de créer des choses matérielles et techniques, dans les livres, est souvent dévolue aux hommes. C’est donc chouette de se retrouver avec une héroïne qui a cette qualité, d’autant plus que c’est toujours présenté comme normal. Violette a un petit frère (qui a d’autres qualités) et une petite soeur (qui est un bébé et qui mord). Dans les romans, ces trois-là sont complémentaires, s’entraident et respectent les dons des un.e.s et des autres. C’est-à-dire que jamais Klaus, le petit frère, ne va remettre en question les inventions de sa soeur ni considérer que ses propres qualités sont meilleures que celles de sa soeur. On a donc affaire à une fratrie au top et une grande soeur qui déchire tout. Pour ne rien gâcher, les treize tomes de la saga sont très drôles.

Mon héroïne parfaite : Ayla

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« Les enfants de la terre », de Jean M. Auel se passe à la préhistoire et raconte en six tomes la vie d’Ayla, de son enfance à l’âge adulte.

Ayla est parfaite, probablement un peu trop. Elle a tout pour elle : l’intelligence, la débrouillardise, l’ingéniosité, la bonté, la beauté et à peu près l’ensemble des qualités existantes. Ayla ne se laisse pas faire. Elle est gentille, fait attention aux autres. Elle désobéit quand elle trouve que c’est nécessaire. Elle innove et invente. Elle chasse (je rappelle que c’est la préhistoire). Elle est indépendante (même quand elle est amoureuse).

Mais tout n’est pas parfait pour Ayla. Après un tremblement de terre, elle est séparée de sa famille et se retrouve adoptée par un autre clan (un peu moins « évolué » que le sien, pourrait-on dire). Elle doit s’adapter à des nouvelles règles, apprendre la langue, se conformer… Ayla a un esprit vif et est de bonne volonté. Bien qu’elle souhaite de tout coeur être intégrée et qu’elle aime son nouveau clan, elle va se rebeller contre certaines personnes et contre certaines interdictions. Ca c’est pour le premier tome, qui est sans doute le meilleur et dans lequel il se passe plein de choses. On devient Ayla, on la comprend, on la soutient. Elle ne se laisse pas faire, elle fait des efforts pour comprendre / apprendre, elle est partagée entre sa loyauté et son envie de liberté.

Dans les autres tomes, il se passe évidemment plein d’autres choses. Je ne veux pas spoiler mais en gros : à un moment, Ayla va devoir se débrouiller toute seule (je veux dire, vraiment toute seule), ce qui va lui faire déployer des trésors d’ingéniosité ; à un autre moment, Ayla va devoir combattre ; dans plusieurs situations, Ayla va devoir essayer de s’adapter et comprendre ce qu’on attend d’elle sans abandonner ses fondamentaux. Tout cela est très abstrait si vous n’avez pas lu la saga et j’en suis désolée. C’est juste pour vous dire qu’Ayla est l’héroïne parfaite, qui va vivre plein d’aventures, et aussi une histoire d’amour, tout en restant fidèle à elle-même.

Les enfants de la terre, c’est à la fois un roman d’aventure, d’initiation, d’émancipation, spirituel, un peu érotique, une romance aussi. En conséquence, Ayla est une héroïne de tous ces styles. Et je l’aime très très fort car elle sait tout faire, qu’elle sait se débrouiller seule et c’est un chouette message à avoir en tête.

Mon héroïne idéaliste : Antigone

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Quand j’ai lu « Antigone », d’Anouilh au lycée, ça m’a fait une claque. Antigone se rebelle contre les ordres du roi, son oncle, et va tout risquer pour pouvoir enterrer son frère. Faut avoir du courage et de la force pour faire ça. Antigone a les deux et ne craint pas de mourir pour sa cause. C’est quelque chose que je trouve vraiment impressionnant. Antigone porte fièrement ses convictions et ne recule devant rien. De plus, Antigone a des répliques formidables.

Cette description est très courte et ne reflète pas la qualité de la pièce ni la détermination d’Antigone mais je ne sais pas trop quoi dire de plus. On a affaire à une femme qui se bat pour ses idées, c’est quelque chose que je ne sais pas trop faire et c’est pour cette raison que je trouve Antigone tellement inspirante.

Mon héroïne bad-ass : Lisbeth

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« Millénium », de Stieg Larsson a, parmi ses personnages, Lisbeth Salander dont je suis assez fan et à qui je voudrais ressembler (ce ne sera jamais le cas).

Lisbeth a vécu des trucs horribles dans son enfance. Si ce genre de ficelle est assez énervante (le personnage féminin brisé), la différence ici c’est que Lisbeth n’attend pas qu’on la sauve. Elle se sauve toute seule. Elle se venge toute seule. Mais elle venge aussi les autres femmes, elle les soutient. (Et elle sauve aussi des hommes parce que eh, tout le monde a parfois besoin d’être sauvé.) Elle est ultra indépendante. Elle est douée dans ce qu’elle fait (enquêter et hacker aussi), elle a des capacités intellectuelles très développées. Son talent est d’ailleurs reconnu par un bon nombre de personnages.

Lisbeth est bisexuelle. Désolée, je ne sais plus si le terme est employé tel quel mais le fait est qu’elle a des relations sexuelles avec des hommes et avec des femmes, sans que ces relations soient considérées comme des passades. Et sa vie sexuelle n’est pas considérée comme dégradante / humiliante ou quoique ce soit, ce qui est un travers hélas régulièrement rencontré dans les livres.

Bien que Lisbeth soit très mystérieuse, son personnage est assez approfondi et a de la consistance. Ca fait du bien.

Mes héroïnes rebelles : Modesta et Pauline

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« L’art de la joie », de Goliarda Sapienza raconte l’histoire de Modesta, née en 1900 en Sicile. J’ai lu ce livre une fois il y a quelques années, je ne me souviens pas de toutes les subtilités (donc ma présentation sera assez courte), mais il m’a marquée. Ce livre raconte l’apprentissage de la vie et de la liberté par Modesta, qui se révolte contre les carcans et contre le patriarcat (et contre plein d’autres choses dans la société italienne de l’époque). Elle est ouvertement féministe. Modesta s’affirme socialement, intellectuellement, sexuellement et politiquement. Elle fait fi des conventions et avance dans l’existence sans s’excuser, ne s’embarrassant pas des bonnes manières. C’est assez exaltant de la suivre dans son parcours. Tout est possible.

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Pauline est l’une des jumelles du roman « Les jolies choses », de Virginie Despentes. C’est celle qui va prendre la place de sa soeur et découvrir un monde qui lui était alors inconnu :  celui du show-business, de la musique, de la drogue et de l’hyper-sexualisation. Pauline doit naviguer entre ses convictions féministes et les attentes qui pèsent sur elle (puisqu’elle veut devenir célèbre et que pour cela, il faut faire des concessions). J’ai lu ce roman pour la première fois quand j’étais jeune ado et certains extraits qui m’ont questionnée ; je les garde en mémoire. Par exemple, quand Pauline doit s’épiler et qu’elle réplique « mes jambes elles sont faites, ma mère m’a mise au monde avec » (je cite de mémoire, ce n’est sûrement pas exactement ça mais c’est le sens). Il y a un autre passage où Pauline sort en décolleté et en minijupe et qu’elle sent le regard des hommes sur elle. Au fur et à mesure du roman, la vie rappelle à l’ordre Pauline et c’est assez terrible. Mais j’avais quand même envie de vous parler de Pauline car j’aime « Les jolies choses » et j’aime Virginie Despentes et il y a dans cet ouvrage des passages éminemment féministes.

Mes héroïnes soignantes : Jean, Léonie et Flavie

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Jean, c’est l’héroïne du roman « Le choeur des femmes », de Martin Winckler. Elle est interne en médecine, a plein d’idées reçues et va devoir les remettre en question grâce à son maître de stage. Bon, ça m’énerve un peu que ce soit un homme qui apprenne ces choses-là à une future médecin mais mettons ça sur le compte de l’expérience de ce praticien qui est bien plus âgé. Dans le service gynécologique, Jean va avoir affaire à des femmes aux histoires multiples et variées, elle va apprendre la bienveillance et l’écoute. Et c’est le prétexte pour nous conter d’autres histoires, non vécues personnellement par les protagonistes principaux.

En lisant ce livre, je me suis rendue compte de certaines choses que jusque là je trouvais ça normal. Je n’avais par exemple jamais remis en cause la position dans laquelle les gynécos nous auscultent. Alors qu’il y en, semble-t-il, de meilleures ! Je n’avais pas trop conscience non plus de la maltraitance que peuvent subir les patient.e.s. Ca peut paraitre anodin mais ça ne l’est pas, et ce livre m’a un peu ouvert les yeux. Sans avoir les mêmes préjugés de base que Jean, j’ai appris en même temps qu’elle. Je suis beaucoup plus attentive et vigilante à présent dans mes relations avec les professionnels de santé.

Au-delà de l’aspect médical / gynécologique du service où évoluent les personnages, il y a l’histoire personnelle de Jean qui est aussi super intéressante.

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Les histoires de Léonie et Flavie sont aussi très intéressantes. « Les accoucheuses », d’Anne-Marie Sicotte commence à Montréal en 1845 et raconte en trois tomes l’histoire de Léonie, la mère, et de Flavie, la fille, toutes deux sages-femmes. Il est question dans ces romans du métier de sage-femme à l’époque, de la médicalisation de l’accouchement, de féminisme, de religion… Léonie et Flavie ne veulent pas se contenter de ce qu’on veut bien leur donner, et elles veulent changer / faire avancer les choses. Elles luttent contre les médecins mais aussi contre les hommes de leur vie, contre les rôles qui sont assignés aux femmes et les interdits. Flavie envisage même d’être médecin ! (A l’époque, c’est interdit.) Dans ce roman, il y a d’autres personnages féminins forts. Et globalement, les femmes ont toujours raison ! (Ca change) Petite réserve de ma part sur la fin, mais c’est très chouette de suivre Léonie et Flavie dans leurs combats.

Mon héroïne forte : Kambili

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Kambili est l’héroïne de « L’hibiscus poupre », de Chimamanda Ngozi Adichie.

Personnage principal et narratrice, Kambili est une adolescente élevée dans une famille nigériane ultra catholique (le père surtout). Au début de l’histoire, Kambili ne se pose pas beaucoup de questions, elle fait ce qu’on lui dit, habituée à tout ce qui se passe chez elle. Elle prend la vie comme elle est. Les circonstances font que Kambili et son grand frère sont amenés à séjourner chez leur tante Ifeoma, auprès de laquelle ils découvrent une toute autre manière de vivre. Commence alors une prise de conscience de la part de Kambili, dont nous suivons l’apprentissage au fil du roman. L’écriture de l’autrice permet d’être complètement immergé.e dans l’histoire et de vivre et ressentir tout ce que vit et ressent Kambili. Kambili se détache de son père et de toutes les règles qui lui sont imposées dès lors qu’elle se rend compte qu’il y a autre chose qui existe. Ce détachement n’est pas immédiat ni sans heurts. Le livre peut être difficile à lire, le propos est dur. Mais Kambili est lumineuse. Et forte même si elle ne s’en rend pas compte.

Les liens familiaux, l’extrémisme religieux, les premiers émois, l’adolescence, la violence, tous ces thèmes sont abordés par Chimamanda Ngozi Adichie qui fait de Kambili une héroïne moderne, réaliste, puissante aussi.

❤ sur ces héroïnes et sur toutes les autres

J’ai d’ailleurs hésité à vous parler des héroïnes des romans historiques de Ken Follett (« Les piliers de la terre », « Un monde sans fin », « Une colonne de feu » et la trilogie « Le siècle »). J’ai dévoré ces romans dans lesquels on retrouve une multitude de personnages principaux, dont des femmes qui déchirent. Mais il y a des éléments que j’ai trouvés problématiques (violences, attitude des femmes entre elle, grossophobie…) et c’est pourquoi j’ai préféré ne pas insister sur ces héroïnes dans ce post. Mais elles existent, elles sont bien là, et c’est cool ! J’ai l’impression de me répéter mais je suis tellement contente quand je rencontre des personnages féminins de qualité !

Des héroïnes, d’accord, mais des héroïnes féministes ?

Au départ, je voulais aussi vous présenter une héroïne féministe mais, à la réflexion, elles le sont toutes, à divers degrés certes et sans que ce soit toujours dit ouvertement.

Mais elles le sont, dans leur manière d’être et de faire, dans leurs choix de vie, et aussi dans la lecture que j’en ai.

Car c’est aussi ça la littérature, l’auteurice nous propose quelque chose et on le reçoit du mieux qu’on peut. Moi j’ai reçu ces héroïnes comme des cadeaux et comme des jalons dans le façonnement de mon féminisme.

Bonnes lectures à vous !

Se souvenir

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Je fais du tri. Je remue le passé et mes souvenirs. J’ai décidé de mettre des mots sur certains d’entre eux. C’est un exercice d’écriture, de mémoire et de (sur)vie.


Eté 1996 ? En colonie de vacances. Carte de ma famille.

J’ai 7 ans, je suis en colo et dans le dortoir, nous sommes plusieurs filles. Je reçois de mes parents une carte qui s’ouvre et à l’intérieur, il y a un dessin au feutre de mon petit frère. Je suis trop fière. Je le montre à tout le monde. Annabelle a l’audace de dire que le dessin est moche. Je ne suis pas contente, mes copines non plus. Je ne me souviens plus si Annabelle était ma copine avant mais après ça, elle ne l’a plus jamais été.

Je recroise Annabelle en centre de loisirs. J’ignore si elle a conscience que je garde envers elle une rancune tenace.

 

Instantanés·Se souvenir

Thanks for the memories (1)

Je fais du tri. Je remue le passé et mes souvenirs. J’ai décidé de mettre des mots sur certains d’entre eux. C’est un exercice d’écriture, de mémoire et de (sur)vie.


20 décembre 2013, Noël entre ami.e.s. Photos.

Nous étions beaux et heureux. Nous fêtions Noël avec mes ami.e.s et sur chaque image, nos mains se serrent. Ce sourire que j’affiche, je le reconnais, c’est celui du temps où nous nous aimions. Je ne suis plus triste aujourd’hui mais je regrette ces précieux moments. Je me souviens de l’avant-soirée, de notre désir. Je me souviens de ton regard et de ton admiration devant ma tenue de soirée. Je sais que, pour une soirée au moins, nous nous sommes aimé.e.s. Peut-être aussi pendant quelques autres. Mais ce vendredi, ce dernier soir avant que tout bascule, toi et moi étions amoureux, à ne pas réussir à nous lâcher, ni des yeux ni du corps. C’est ce que je retrouve dans ces photographies, le souvenir d’un temps révolu, d’une magie éphémère, d’un amour intense. Nous faisions semblant de ne pas voir le monde autour, celui qui n’a pas su nous réunir. Nous nous bercions d’illusions. A cette époque, nous allions droit dans le mur avec un sourire éclatant, parce que nous étions ensemble et que cela suffisait. Je ne supprimerai pas ces photos, elles sont la preuve que nous nous sommes aimés, pour de vrai. Je tairai le reste qui a tout détruit, je garderai en mémoire nos deux visages illuminés. Il n’est plus temps de te faire la guerre, j’ai d’autres amours à vivre et d’autres souvenirs à créer.

Culture

Retour sur mes lectures 2017

En 2017, j’ai lu 114 livres, 36% écrits par des hommes et 64% écrits par des femmes. J’en suis bien contente car en ce moment, j’ai envie de lire des autrices. J’essaie aussi d’aller vers plus de diversité sur d’autres aspects (notamment de lire plus d’auteurices racisé.e.s) mais je ne suis pas encore au point.

Globalement, mes lectures ont été chouettes. Mais je ne vais pas revenir sur l’ensemble (au cas où, la liste est dispo sur senscritique), juste sur les plus importantes !

 

En 2017,

J’ai continué de découvrir Chimamanda Ngozi Adichi et j’en suis ravie

En 2016, j’avais lu « Nous sommes tous des féministes » (qui m’avait un peu déçue) puis « Americanah » (qui est un bon livre, dont on a beaucoup parlé dans la presse).

Quand j’apprécie un.e auteurice, je suis un peu obsessionnelle et j’essaie de tout lire. C’est donc ce que j’ai fait avec Chimamanda Ngozi Adichi. Qui n’a fait que de bons livres, j’avoue. Mais qui a surtout écrit « L’hibiscus pourpre » qui est WOW. Je ne vais pas vous faire un résumé, vous pouvez en trouver un sur internet. Je vais juste vous dire que l’histoire est très prenante et que je me suis beaucoup attachée aux personnages (surtout à la narratrice). Le contenu est assez dur. Au niveau de la forme, ça se lit très bien.

Je me suis plongée avec délice dans la suite des histoires de Franz et de sa famille

Martin Winckler est mon auteur préféré. Et en 2017, il a sorti la suite d' »Abraham et fils » : « Les histoires de Franz ».  Il paraît qu’on peut lire ce deuxième tome sans avoir lu le premier. Mais comme le premier est très cool, autant commencer par le début. La suite (qui n’est pas la fin) est tout aussi cool.

J’aime beaucoup le style de Martin Winckler, qui varie les points de vue, qui s’arrête brusquement dans le récit, passe à un autre chose, et y revient ensuite. Ca a un côté « série » (qui est fait exprès).

J’aime aussi beaucoup le contenu, avec la vie des personnages qui se mêle à l’histoire.

Pareil, je ne vous fais pas de résumé (je ne sais pas les faire, j’avoue tout).

J’ai poursuivi mon apprentissage du féminisme

A la fin de l’année, j’ai lu « Faiminisme » de Nora Bouazzouni et « Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale »,  de Titiou Lecoq.

Deux aspects du féminisme avec des réflexions intéressantes et pertinentes, qui font écho à ce que j’ai déjà vécu (ou vu / entendu / etc). Gros plus : ça se lit bien ! C’est accessible à tout le monde.

Pour une découverte du féminisme encore plus accessible, « Les Gros Mots – Abécédaire joyeusement moderne du féminisme » de Clarence Edgar-Rosa est parfait.

J’ai découvert de chouettes autrices

J’ai lu pas mal de nouveaux auteurs et autrices, mais j’ai eu deux gros coups de coeur.

Roopa Farooki écrit de jolies histoires, dans lesquelles les thèmes de la famille et des racines (du déracinement surtout) reviennent souvent. C’est assez léger (même s’il peut y avoir des aspects un peu durs), c’est toujours prenant. Il faut peut-être éviter de lire tous ses romans les uns à la suite des autres (comme j’ai fait, ah ah) parce que ça donne l’impression qu’ils se ressemblent tous. Mais j’ai vraiment passé de bons moments à chaque fois. Je conseille en priorité « Gentilles filles, braves garçons ».

Toni Morrison est une autrice qu’on ne présente plus mais que je n’avais jamais lue. J’ai donc réparé ce tort et je n’ai pas été déçue ! Je n’ai pas encore lu assez de ses livres pour vous dire lequel je préfère mais, clairement, « Délivrances » vaut le coup. J’ai évidemment prévu de lire d’autres de ses romans en 2018.

 

Ah et en 2017, j’ai fait l’inventaire de tous les livres de la maison (donc les miens, ceux de mon frère et ceux de mes parents), grâce à l’application Book catalogue. Au total, plus de 2 500 livres sur des tas de sujets et de nouveaux listes à ma liste de lectures !

 

Pour 2018, je me souhaite au moins autant de jolies découvertes, de bons mots, d’émotions, d’histoires à ne plus dormir, de personnages amis, de coups de coeur, de réflexions et d’amour. Je me souhaite de belles lectures.

Histoires de corps·Réflexions

Haut les poils !

Dans un autre article, un jour, je vous raconterai comment j’essaie de lâcher l’affaire, en général, sur l’apparence. Ce lâcher-prise global passe par une multitude d’acceptations, dont celle de mes poils. C’est l’objet de cet article qui risque de partir un peu dans tous les sens mais que je vais tenter de structurer un minimum.

Petite précision : cet article est personnel et subjectif et ne vise pas à théoriser quoique ce soit. D’ailleurs, il ne s’agira ici que de mes poils (les autres gens font ce qu’ils veulent avec leurs poils, ce n’est pas mon sujet, et ça ne le sera jamais).

  • D’où je pars

En vrai, je ne pars pas de très loin (par rapport à là où je veux arriver).

Je suis moyennement poilue, avec des poils concentrés sur les zones socialement acceptables pour les femmes (je le précise car ça peut expliquer une partie de mon discours et rend certainement plus facile l’acceptation).

J’ai commencé à m’épiler à l’adolescence, je ne sais pas/plus pourquoi (pour faire comme les autres, parce que ma mère me l’a dit ?). Ma mère s’épilait à l’époque (plus maintenant, il faut dire qu’elle n’a pas de poils) mais je ne pense pas qu’elle ait fait un forcing quelconque. Je devais donc vouloir le faire car cela se faisait.

J’ai limité l’épilation aux demi-jambes et aux aisselles. Je savais qu’on pouvait épiler d’autres zones (sourcils, maillot, cuisses, etc) mais, ouh la, demi-jambes et aisselles, c’était bien suffisant ! Et après avoir testé épilation / rasage et surtout la repousse, j’ai vite décidé que mon sexe resterait en dehors de tout ça (je suis un peu revenue sur cette position mais j’ai gardé le cap).

De mon point de vue, si on devait voir mes jambes (mollets en fait) ou mes aisselles, celles-ci devaient être sans poils. Le problème, c’est que mes (les ?) poils repoussent assez vite et que pour être complètement nette, il faut me raser quasiment tous les jours. Ce que j’ai fait à une période (aïe ma peau). Heureusement, ce n’était que pendant l’été !

Quelques temps plus tard, j’ai commencé à avoir une vie sexuelle / fréquenté quelqu’un (c’était une relation à distance, youpi – sans ironie aucune : ça avait au moins l’avantage de me laisser souffler entre deux épilations). Dans ce contexte, il me semblait qu’il fallait que mes demi-jambes et aisselles soient dépilées. J’ai refusé un soir d’aller chez un garçon (dans le but de coucher avec) en raison de jambes non épilées. Avec le recul, je trouve ça dommage.

En revanche, avoir le sexe poilu ne m’a jamais posé problème (à l’exception d’une petite appréhension au moment de coucher avec une nouvelle personne… appréhension pas assez forte pour m’empêcher de coucher ou pour me motiver à m’épiler). Néanmoins, avec le temps, après quelques remarques (pas tant que ça et jamais méchantes, n’empêche que) et des observations personnelles (du genre « ah oui beaucoup de filles s’épilent quand même… »), j’ai commencé à raccourcir de temps en temps les poils à cet endroit.

Concernant les autres zones potentiellement épilables, je ne m’y suis jamais mise et je compte bien ne pas changer d’avis.

  • Ce que je pense de mes poils (et des moyens pour les enlever)

A titre personnel, je me contre fiche de mes poils.

Je veux bien admettre que je trouve mes jambes jolies sans poil mais j’estime aussi que c’est probablement en partie parce que j’ai été formatée pour ça (comme pour beaucoup d’autres choses). Mais voir mes jambes et mes aisselles poilues ne m’inspire rien de négatif.

Ce que j’aime le moins (esthétiquement mais également en matière de sensation), c’est la phase de repousse des poils. Qui est quand même un passage obligé à partir du moment où on s’épile. Pour éviter cette phase, le plus simple, c’est donc de ne pas s’épiler (ou alors de se raser quasiment tous les jours mais je réitère : aïe ma peau).

Le processus dépilatoire, en plus, c’est cher et ce n’est pas très agréable. En tout cas, en comparaison avec le processus de la pousse des poils.

Si cela ne tenait qu’à moi, donc, je garderais mes poils en permanence. Malheureusement, j’ai un peu peur du regard des autres, du regard de la société et ça demande du courage (si si) d’affronter les normes. Et ne pas avoir de poils, pour une femme en France à notre époque, c’est une norme. Je ne risque rien à ne pas la respecter, certes, ça n’empêche pas que c’est angoissant.

  • Où j’en suis (ou mes victoires récentes)

S’agissant de ma vie sexuelle, j’ai pris du recul depuis quelques (petites) années déjà, et j’ai moins de soucis à coucher avec des gens quand je suis poilue. Enfin, surtout quand je les connais. Quand c’est la première fois, c’est plus délicat. Dans tous les cas, j’y pense encore, mais souvent j’ai la flemme d’enlever mes poils et je vais donc au rendez-vous avec. En fait, ça me demande moins d’efforts d’assumer mes poils que de les faire enlever. Je fréquente depuis quelques années un garçon avec lequel je couche tantôt épilée tantôt pas. Je n’ai pas eu de réflexions de sa part (encore heureux) et pas vraiment remarqué si ça l’embêtait ou non. Je n’ose toutefois pas lui demander si ça ne le dérange pas (notamment parce que si ça le dérange, je vais me sentir obligée de faire un effort et… je n’ai pas envie !).

S’agissant de ma vie quotidienne, c’est tout récemment que j’ai assumé mes poils de jambes (pour les aisselles, j’ai tendance depuis plusieurs années à penser que je ne lève pas si souvent les bras que ça donc tant pis s’il y a un peu de poils). En fait, c’est ça que je voulais vous raconter (oui, j’avoue, le reste de l’article n’a servi qu’à vous amener là).

Il y a quelques mois, ce n’était pas encore l’été mais il faisait beau et chaud, j’ai décidé de sortir en jupe alors que, oh la la, mes poils commençaient à repousser et à se voir. Résultat, j’ai passé ma journée à regarder les jambes des filles pour me rendre compte qu’elles étaient toutes parfaitement épilées ! (Comment font-elles, comment faites-vous ?). Première étape peu conclusive mais première étape quand même.

La deuxième étape s’est faite à mon insu (et en raison de ma très grande flemmardise). Déjà, j’avais un petit problème de calendrier. Mariage mi-mai, départ en vacances début juin, mariage début juillet, re départ en vacances mi-juillet. Quid de l’épilation ? Pour le mariage (le premier ou le deuxième), ce qui signifiait partir en vacances avec des poils en pleine repousse ? Ou pour les vacances, ce qui signifiait assister aux mariages avec mes poils ? Par chance, mauvais temps au premier mariage, donc collants, donc pas d’épilation. Youpi ! Ca réglait le premier problème et j’avais décidé de m’épiler juste avant le départ en vacances de juin. Sauf que… pas trop le temps, pas trop l’envie. Et puis, après tout, j’allais partir en famille (qui se fiche bien que je sois poilue ou non), à l’autre bout du monde (où je ne connais personne) et il n’allait peut-être pas faire très chaud. D’un autre côté, une baignade était déjà prévue et la chaleur n’était pas totalement exclue. Toutefois, après analyse des paramètres, j’ai décidé de partir poilue. Et j’ai montré mes jambes plus souvent que je ne le pensais ! Et j’ai grave assumé. Deuxième étape : un succès !
(Petit bémol : le jour de mon retour, mon ami d’enfance m’a proposé d’aller à la piscine et… piscine en France, avec lui (alors que clairement, je m’en fiche… en théorie du moins), bref, après analyse de ces nouveaux paramètres, je me suis précipitée chez l’esthéticienne. Résultat, j’étais épilée pour le deuxième mariage… ce qui n’a servi à rien car il ne faisait pas beau non plus.)

Troisième étape dès les vacances d’après ! Je suis partie avec mes poils en pleine repousse. J’étais avec une copine (qui est beaucoup plus à cheval que moi sur l’épilation), on s’est baignées, on a fait des saunas ensemble et je suis sortie en ville en jupe avec mes poils !

Depuis que je suis rentrée, il n’a pas fait très chaud, j’ai donc toujours mes poils et c’est tant mieux. J’envisage de les garder pour le week-end prochain (week-end en famille… et avec le copain de ma cousine). En revanche, s’il se met à faire chaud, je ne sais pas ce que je vais faire. Pour l’instant, le métro et le travail avec mes poils, je ne le sens pas trop. A suivre donc.

  • Où j’essaie d’arriver

Mon objectif, c’est de devenir indifférente au regard des autres et de garder mes poils, en toutes circonstances, et de porter des robes/jupes/shorts, des débardeurs et tout autre vêtement dévoilant mes poils sans hésiter.

Je me laisse quelques années. Si vraiment je n’y arrive pas, je songerai peut-être à l’épilation définitive (dont j’entends du bien par certaines copines). Mais ce serait vraiment le plan B. Mon plan A, c’est d’assumer mes poils. Je crois que je suis sur la bonne voie.

Se souvenir

Je te souhaite

Cher futur moi,

Je te souhaite d’être follement aimée.
Je te souhaite d’échapper aux statistiques qui nous réduisent à des victimes.
Je te souhaite d’apprendre à dire non, d’oser dire non, de brandir tes refus en étendard.
Je te souhaite de couper le cordon mais de ne jamais partir bien loin.
Je te souhaite de garder avec la famille une relation aussi riche que celle d’aujourd’hui.
Je te souhaite de rencontrer quelqu’un.e avec qui tu ne vivras que des jolies choses.
Je te souhaite de ne perdre de vue aucune amie, aucun copain.
Je te souhaite de trouver ta voie et de t’y plonger à corps perdu.
Je te souhaite de continuer à te découvrir et de ne rien prendre pour acquis.
Je te souhaite de réaliser tes fantasmes et tes rêves.
Je te souhaite de te contenter du possible sans jamais cesser d’exiger l’impossible.
Je te souhaite d’oublier les tourments, de guérir mes blessures et de ne garder que le meilleur.
Je te souhaite de mourir vite et bien.
Je te souhaite de ne plus avoir peur.
Je te souhaite d’apprendre à t’imposer, à dire les choses, à croire en toi.
Je te souhaite d’être entière, même s’il faut que tu le sois en miettes.
Je te souhaite de garder le cap.
Je te souhaite de vivre, vivre, vivre, tant pis si ça fait mal, tant pis pour les erreurs.
Je te souhaite de tordre le cou aux préjugés, de bousculer les bien-pensants.
Je te souhaite de continuer à pardonner mais d’arrêter de te laisser marcher sur les pieds.
Je te souhaite d’avoir envie, de désirer, de vouloir plus, de vouloir encore.
Je te souhaite de t’indigner, de changer les choses, de bouleverser l’ordre établi.
Je te souhaite de faire confiance sans te laisser aveugler par les belles paroles.
Je te souhaite d’être amoureuse, d’être aimante, d’être présente.
Je te souhaite d’être quelqu’un de bien.
Je te souhaite de ne pas tomber, de ne pas t’écorcher, de ne pas te perdre.
Je te souhaite de t’épanouir, de t’accomplir, de te regarder en face et de t’aimer.
Je te souhaite d’être heureuse, d’être joyeuse, d’être toi.
Je te souhaite de franchir les obstacles  qu’on mettra sur ta route et de rire au nez et à la barbe du malheur.
Je te souhaite d’être impertinente, légère, désinvolte.
Je te souhaite d’être polie, prévenante, gentille.
Je te souhaite de ne pas renoncer, de ne pas te soumettre, de tenir bon coûte que coûte.
Je te souhaite d’arrêter avec les messages subliminaux, les sous-entendus et les faux espoirs.
Je te souhaite de ne pas céder aux pressions sociales, biologiques, intérieures, familiales, amicales, amoureuses, professionnelles et à toutes les autres, aussi invisibles que violentes.
Je te souhaite de faire les bons choix, de ne pas perdre le temps – qui ne se rattrape pas.
Je te souhaite de résister et d’être indépendante.
Je te souhaite de profiter de tout ce que la vie t’offre.
Je te souhaite d’être bienveillante et de faire le moins de mal possible aux gens qui t’entourent.
Je te souhaite de lire, d’écrire, de regarder, d’écouter, de trembler, de jouir.
Je te souhaite d’être indulgente et compréhensive mais de condamner sans hésiter.
Je te souhaite d’être bien entourée, bien aimée, bien heureuse.
Je te souhaite de ne pas prendre trop de risques – ou alors calculés, ou alors peu dangereux -.
Je te souhaite de penser à toi avant les autres, d’avoir à cœur ton bien être et, s’il le faut, d’être égoïste.
Je te souhaite de grandir, même si ce n’est pas facile.
Je te souhaite de ne rien subir, de ne pas vivre de choses graves et, si jamais elles doivent advenir, de survivre.
Je te souhaite de ne pas jeter la première pierre ni aucune autre.
Je te souhaite d’être riche de tout ce qui rend la vie plus belle.
Je te souhaite d’avoir une santé de fer et de vieillir en forme.
Je te souhaite d’être fière et forte.
Je te souhaite d’être apaisée.
Je te souhaite d’être moi en mieux.
Je te souhaite tout le bonheur du monde.

Je te souhaite des voyages à couper le souffle, de l’amour à n’en plus finir et de la tendresse.
Je te souhaite des amitiés vivantes, des rencontres solaires et de l’enfance à tous les coins de rue.
Je te souhaite mille et une découvertes et autant de bons moments.
Je te souhaite de la sérénité. Du courage. Du plaisir.

Je te souhaite toutes ces choses dès la prochaine minute et pour tout le temps qu’il te reste à vivre.

Prends soin de toi, je t’aime déjà.

Ton présent moi.

Au jour le jour·Réflexions

La menace

Dans la rue et les transports en commun, il ne m’est jamais rien arrivé.
Je rectifie.
Il ne m’est jamais rien arrivé de grave. Pas de vol, de viol, de violence.

Il y a bien eu ces mecs en scooters qui, parce qu’on avait daigné leur parler, n’ont pas voulu nous lâcher (j’ai dû appeler ma mère pour qu’elle vienne nous chercher en voiture).
Il y a eu cet adulte qui a demandé aux pré-ados que nous étions quand est-ce qu’on ferait l’amour ensemble.
Il y a eu ce jeune qui a insisté pour que je lui donne mon numéro de téléphone (je n’ai pas osé refuser, je n’ai jamais décroché).
Il y a eu ce type en face de moi dans le métro qui m’a fixé pendant tout le trajet et m’a suivie quand j’ai changé de métro (j’ai eu tellement peur que j’ai abordé une femme avec son fils en lui demandant si je pouvais rester avec elle car j’étais suivie – elle a accepté).
Il y a eu ce gars que j’ai voulu éviter en changeant de wagon et qui a changé de wagon aussi pour venir avec moi.
Il y a eu cet homme qui a voulu me convaincre de le suivre pour coucher avec lui et qui m’a touché l’avant-bras.
Il y en a eu un autre, assis en face de moi, qui resserrait petit à petit ses jambes autour des miennes (je n’ai pas su si c’était fait exprès mais j’étais en panique).
Il y a eu ces pick-pickpockets pas très doués qui ont tenté de m’arracher mon lecteur mp3.
Il y a eu celui qui a voulu que je change de place, et j’ai hésité mais il avait tellement l’air prêt à me frapper que je me suis dit que c’était judicieux – il m’a ensuite insultée, avant d’insulter le monde entier -.

Il y a aussi les gens qui se bousculent, se prennent la tête, s’insultent, en viennent parfois aux mains. Il y a les regards, les provocations, les vulgarités lancées à la cantonade. C’est un peu la loi de la jungle, couplée à celle du silence. Et tout ce que j’entends, tout ce que je vois – même si je ne suis pas la première concernée m’affecte -. Je ressors de là lessivée.

(Je ne parle pas de la promiscuité, de ces corps qui se touchent malgré eux et de ces gens qui s’étalent. Tout ça me crispe terriblement et c’est une épreuve en plus mais elle n’a rien à voir avec les agressions – orales ou physiques – potentielles.)

Non, rien de grave, vraiment. Juste du stress. Beaucoup de stress. Cette angoisse qui te tient le ventre jusqu’à ce que tu arrives saine et sauve chez toi. Et que tu te dis que tu l’as échappé belle.

Je ne suis pas parano – je crois. Je continue de vivre ma vie et de rentrer tard (j’avoue ne pas mettre de jupe pour éviter les remarques et les agressions – même si ça n’empêchera rien du tout, je sais -, j’ai honte de faire ça, je leur donne raison, mais je fais ce que je peux pour me sentir un minimum en sécurité). Je ne renonce pas à une sortie ou une soirée par peur.

Mais je suis sur le qui-vive. En permanence (ou presque). Je ne suis jamais complètement détendue. Comme si le danger était tout autour, invisible mais bien là.

Je connais les statistiques, je connais les histoires des copines, je connais ce qui peut arriver. La menace est réelle. Ca ne signifie pas qu’il m’arrivera quelque chose. Ca signifie seulement que je prends des risques tous les jours. Ca demande du courage. Honnêtement, c’est éprouvant. C’est épuisant.

J’ai des copines qui n’ont pas peur du tout. D’autres qui sont terrorisées. Nous faisons face comme nous pouvons.

Personnellement, je ne me sens pas en sécurité. Je crois même pouvoir affirmer que je ne suis pas en sécurité. Et ça, c’est grave.

Réflexions

D’où je viens

Petite anecdote d’il y a quelques mois : je montre des photos à une copine, et on tombe sur une photo de mes parents. « Ta mère est asiatique ?! ». Surprise de ma copine. Surprise aussi de mon côté. Ben oui, ma mère est asiatique…

Je ne dis pas aux gens que ma mère est asiatique. Tout comme je ne leur dis pas que mon père est français.
Si on me demande quelles sont mes origines (ça arrive), je réponds. Dans le cas contraire, je ne précise pas. Ou alors quand le contexte l’impose (si je raconte que je fête demain le nouvel an vietnamien, ça peut être pertinent – et encore).

Contrairement à quasiment toute ma famille (mon frère, mes cousins, mes cousines et même mes petits cousins et cousines), il n’est pas marqué sur mon visage que je suis métisse. Je suis « moitié / moitié » mais il y a clairement une moitié qui prend toute la place. Je ne subis donc aucun racisme lié à mon apparence et à ma couleur de peau.

Culturellement, je ne suis pas du tout « moitié / moitié ». Ma culture est plutôt française / occidentale. Ma mère est née en France et y a été élevée (mon père aussi). Quelques aspects de la culture vietnamienne / asiatique font tout de même partie de ma vie, à des degrés divers.

Je ne vais pas mentir, c’est pratique d’avoir l’air blanche. J’évite ainsi toutes les discriminations liées à mes origines. J’évite également les remarques (méchantes ou maladroites), les préjugés, les raccourcis. On ne m’attaque pas personnellement.

Je ne vais pas mentir, c’est frustrant d’avoir l’air blanche. Comme si, parce qu’on ne la voit pas au premier coup d’oeil, une partie de mon identité m’était refusée.

Je voudrais revendiquer d’où je viens. Je ne m’en sens pas du tout légitime.

En attendant – de faire mieux, de faire plus -, je n’oublierai pas d’où je viens.

Au jour le jour

2017, me voilà !

J’ai fait mon bilan positif 2016 sur twitter. Pour le négatif, je passe mon tour. Pas la peine de s’en souvenir, si ?

Et plutôt que de ressasser le passé, la vraie question, c’est : qu’est-ce que je veux faire / réaliser en 2017 ?

Petite liste non exhaustive d’objectifs et d’envies à remplir, si possible, en 2017 :

  • changer de travail,
  • récupérer l’argent qui me revient,
  • ne plus me laisser faire,
  • aller à la piscine régulièrement (en plus de continuer le krav),
  • écrire un truc (nouvelle, livre, essai ?) pour l’anniversaire de mon papa,
  • mettre à jour régulièrement mon blog et essayer de le rendre intéressant,
  • écrire une nouvelle ou un roman entièrement,
  • tenir mon budget et mes comptes,
  • rencontrer quelqu’un.e pour vivre une chouette histoire d’amour,
  • prendre des vacances et voyager loin,
  • aller dormir dans une cabane dans les arbres,
  • moins attendre (voire même ne plus attendre !)
  • être un peu plus sociable,
  • continuer mon apprentissage du féminisme,
  • économiser plus,
  • être un peu plus sociable,
  • être moins stressée,
  • faire une formation budget / paie ou un truc du genre pour avoir quelques bases,
  • prendre confiance en moi,
  • dormir,
  • continuer de lire des livres en anglais,
  • cuisiner,
  • penser à mettre de la crème,
  • ranger / organiser,
  • et surtout être heureuse !

Et si je ne fais rien de tout ça ? Eh ben ce n’est pas grave !!! (bon, à part pour le dernier point, certes) En 2017, j’aimerais surtout ne pas me mettre de pression. La société, les gens le font bien assez, pas la peine que j’en rajoute.

Quoiqu’il en soit, je me souhaite du temps pour moi, du temps pour les autres, de l’indulgence, des sourires qui ne s’éteignent pas, de l’amour à en perdre la tête, des câlins, des mots doux, du soutien, de l’amitié, des moments en famille, des rires, des mondes à découvrir, des lectures poignantes, de jolis films, du courage, du changement, de la tendresse, de l’amour aussi, des goûters, de l’enthousiasme, de l’honnêteté, des petits et des grands plaisirs, des terres inconnues, des voyages, du soleil jusqu’au fond du coeur, des histoires à dormir debout, de l’écriture, de la persévérance, de me donner les moyens de faire ce qui me semble bon, de croire en moi, de croire en l’avenir, de garder le cap, de profiter de l’instant présent, d’aimer, d’être aimée, de ressentir, de ne pas trop me perdre en chemin mais d’accepter les détours, de prendre la vie et les gens comme ils viennent sans essayer de les modeler à mon image, de m’imposer, de ne pas trop souffrir, de ne pas ressasser le passé, de continuer à espérer malgré tout, de construire autre chose, de prendre soin de moi, d’être une bonne personne, de me rester fidèle, d’assouvir mes désirs, d’oser, de tenir bon, des surprises, de l’émotion, d’avancer sans trop trébucher, de guérir complètement, des rencontres enrichissantes, de fabriquer des souvenirs qui dureront longtemps, d’arrêter d’avoir peur, d’être fière de moi, de partager et d’échanger, d’apprivoiser le silence, d’apprécier la solitude, de ne pas tout prendre contre moi, de prendre du recul, d’être cool, d’être vraie, de sortir de ma zone de confort, de me laisser découvrir par de belles personnes, d’apporter et / ou de demander de l’aide au besoin, d’être attentive aux gens que j’aime, de faire de mon mieux, de vivre.

Je me souhaite évidemment toutes les jolies choses auxquelles je ne pense pas là tout de suite mais qui ne manqueront pas d’arriver.

Je me souhaite tout ce qui peut rendre la vie plus belle.

Je me souhaite le meilleur.

Allez hop, c’est parti !

Hématomes·Se souvenir

Derniers mots sur toi et moi

C’est une histoire ancienne et pourtant c’est dans ma tête
J’ai beau lui dire Va-t-en, elle reste là
C’est un vieux souvenir, un craquement d’allumette
J’ai beau lui dire Fous le camp, il bouge pas

Fin 2016, un an après avoir décidé que le garçon ne ferait plus partie de ma vie, où en suis-je ?

J’ai traîné cette histoire de longs mois, avec de longues périodes de silence, beaucoup d’attente, en changeant mille fois d’avis, en ressentant tout et son contraire. Je me suis abîmée, je me suis usée, j’ai vu mes espoirs réduits en cendres et j’ai été forcée d’abandonner quelques rêves, j’ai voulu être indulgente et compréhensive et je me suis heurtée plusieurs fois à un mur, j’ai imaginé de grands moments que je n’ai pas eu la chance de vivre, je me suis pris en pleine tête – et surtout en plein coeur – quelques coups bien sentis, j’ai cru l’impossible possible, j’ai voulu y croire envers et contre tout mais rien n’est arrivé – rien de beau en tout cas -. Epuisée, vidée, face aux fausses promesses et à l’absence, j’ai été obligée de capituler. J’ai renoncé.

Désormais, il n’y a plus que le silence. Et mes souvenirs.

Je ne suis plus triste – j’ai trop pleuré avant – et je n’attends plus – enfin -.

En revanche, je ressens encore de l’incompréhension – je ne comprendrai jamais -, de la colère – par intermittence – et de la déception, une énorme déception – je n’ai jamais autant été déçue par quelqu’un -.

En règle générale, je n’aime pas trop critiquer les gens que j’ai fréquentés et qui m’ont plu. Je les ai aimés pour plein de choses et même si l’histoire s’arrête, même si l’amour disparaît, ces raisons continuent d’exister. J’ai aimé de belles personnes, elles restent de belles personnes, quoiqu’il arrive.

Lui, c’est différent. J’oublie peu à peu pourquoi je l’ai aimé. Je ne retiens que toutes ces petites déceptions, accumulées au fur et à mesure. J’ai aimé quelqu’un sur lequel je ne pouvais pas compter, qui n’était pas fiable, qui n’a jamais pris en compte ce que je pouvais ressentir, qui m’écoutait attentivement certes mais qui ne m’entendait pas – ou en tout cas ne retenait pas -, qui a toujours cru que sa vie et ses douleurs passaient avant les miennes, qui a pris tout ce qu’il pouvait sans jamais donner – ou si peu -, qui a profité.
Je ne pense pas qu’il ait calculé ou manipulé (même si je n’en sais rien). Mais le fait est que j’ai aimé un égoïste qui m’a fait croire qu’il ne l’était pas – avec son regard, avec ses jolis mots, avec son amour ? -. Aujourd’hui, débarrassée de ma passion initiale, je m’en rends compte. Mais j’ai découvert tout ça petit à petit, les petites lâchetés, les excuses, les mêmes comportements reproduits à l’identique malgré toutes les discussions et mises au point, le silence comme grande défense – communication de haut niveau -, les cachotteries, la place dans sa vie jamais offerte, etc etc. Je pourrais continuer à l’infini.

Je ne lui en veux pas de ses tergiversions, de n’avoir pas su ce qu’il voulait ou ne voulait pas, d’avoir changé d’avis et de sentiments au fil du temps. Tout ça, je comprends. Mais je lui en veux pour tout le reste.

2016 se termine et j’ai survécu à cette histoire, je me suis délestée de l’attente et du poids de l’amour (du souvenir de cet amour et de l’idée de ce que nous aurions pu être).

(Mais pour être honnête, sans réellement attendre, j’ai beaucoup pensé à lui en ces fêtes de fin d’année, me demandant s’il allait m’écrire, sachant pertinemment que je serais en colère s’il le faisait… et que je serais déçue s’il ne le faisait pas. Jusqu’ici, il ne l’a pas fait et j’espère qu’il ne le fera pas. Je préfère la déception à la colère.)

Maintenant, je voudrais juste arrêter de penser à lui. Après avoir libéré mon coeur, libérer mon esprit.

2017 se fera sans toi. Sans toi dans ma vie mais aussi sans toi dans ma tête. Je suis fatiguée.